Le spectre clinique de l’infection par le virus de la dengue est large (Fig.1) : de la forme asymptomatique la plus fréquente à la dengue avec syndrome de choc (DSC), en passant par la fièvre de dengue (FD) et la dengue hémorragique (DH).
Figure 1 - Manifestations cliniques de la dengue. Adapté de George, R. & Lam, S.K (1997)
La FD ou dengue classique se manifeste brutalement, après généralement 5 à 7 jours d'incubation, par l'apparition d'une forte fièvre souvent accompagnée de maux de tête, de douleurs rétro-orbitales, de nausées, de vomissements, d’arthralgies, de myalgies et d'un rash cutané. Le malade souffre souvent d’anorexie et d’un léger mal de gorge. La fièvre peut atteindre 40°C et durer 2 à 7 jours. Néanmoins, une brève rémission est généralement observée au bout de 3 jours, puis les symptômes s'intensifient (des hémorragies conjonctivales, des epistaxies ou des ecchymoses pouvant survenir) avant de régresser rapidement. A la fin de la phase fébrile, des pétéchies peuvent apparaître. Les données de laboratoires associées à la dengue classique sont une neutropénie, suivie d’une lymphopénie souvent marquée par la présence de lymphocytes atypiques. Le taux plasmatique de certaines enzymes hépatiques (alanine et aspartate aminotransférases) est élevé. Une thrombopénie est fréquente avec un taux de plaquettes inférieur à 100 000/mm3.
La DH est plus fréquemment observée chez les enfants de moins de 15 ans, bien qu’elle puisse également concerner des adultes. Durant la phase aiguë de la maladie, la DH se différencie peu de la dengue classique ; Par contre, au moment de la défervescence de la fièvre, des manifestations cliniques caractéristiques de la fuite plasmatique aparaissent. Les manifestations hémorragiques les plus courantes dans la DH sont les hémorragies cutanées (pétéchies, purpura, ecchymoses). Les pétéchies sont largement distribuées, elles apparaissent surtout sur les extrémités, mais également sur le tronc, et sur le visage des patients en état de choc (DSC). Des hémorragies gastro-intestinales peuvent survenir dans les cas de DH sévère et précèdent très souvent l’apparition du syndrome de choc.
La survenue d’une DH sévère ou du choc hypovolémique se caractérise par une détérioration brutale de l’état général du patient, légèrement avant ou peu après la défervescence de la fièvre (Fig.2). Des douleurs abdominales aiguës surviennent fréquemment juste avant le choc. Le patient souffre d’hypothermie, la peau devient moite, le pouls est rapide et presque imperceptible, traduisant une défaillance circulatoire. Le patient en état de choc est souvent somnolent puis agité, présente des pétéchies sur le visage, ainsi qu’une cyanose péri-orale. En l’absence de prise en charge médicale adaptée (perfusion de solution saline ou de plasma), le patient peut décéder dans les 8 à 24 heures après l’entrée en état de choc. Comme pour la dengue classique, une leucopénie est souvent observée. La thrombopénie est systématique, avec un taux de plaquettes inférieur à 100 000/mm3 entre 3 à 8 jours de maladie. L’hémoconcentration, traduisant une fuite plasmatique, est observée chez les cas de DH et est encore plus marquée chez les cas de DSC.

Figure 2 - Signes cliniques d’alerte de la Dengue avec syndrome de choc. Source: CDC (2005)