De la dengue et de ses vecteurs - Epidémiologie

L'épidémiologie

A l’aube du troisième millénaire, la dengue classique et ses formes sévères, la dengue hémorragique et la dengue avec syndrome de choc, restent un problème de santé publique majeur dans pratiquement toutes les régions tropicales et intertropicales du globe. Au niveau mondial, la prévalence de la dengue a progressé de façon spectaculaire au cours des dernières décennies et la maladie est désormais endémique dans plus d’une centaine de pays d’Afrique, du continent américain (sud des Etats-Unis d’Amérique, Amérique du Sud), de la Méditerranée orientale, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental (Carte 2). La dengue hémorragique s'est étendue de l'Asie du Sud-Est à l'Océan Indien, au Pacifique Sud et plus récemment de manière inquiétante en Amérique latine (> 600 000 cas de dengue répertoriés en 2001).

 

Carte 2 - Répartition de la dengue dans le monde en 2004. Source : OMS (2004) 

Selon les estimations de l‘Organisation Mondiale de la Santé (OMS), environ 2,5 milliards d’individus sont exposés au risque d’infection par le virus de la dengue. Chaque année dans le monde, il y aurait près de 50 millions de cas d’infection, 500 000 cas de formes cliniques sévères nécessitant une hospitalisation, et plus de 24 000 décès, dont une très forte proportion d’enfants.

Plusieurs facteurs semblent être à l’origine de la résurgence de la dengue classique et de l’émergence de la dengue hémorragique, dans le monde (Gubler, 1997, 1998b).

La croissance sans précédent de la population mondiale et l’urbanisation incontrôlée ont conduit, en particulier dans les pays tropicaux en voie de développement, à la multiplication des habitations précaires et à la détérioration des conditions d’hygiène. Dans les centres urbains, l’entassement des individus dans des logements de fortune, l’absence de réseaux d’eau courante, des systèmes inexistants ou inadaptés de récupération des eaux usées et des déchets, ont constitué des conditions particulièrement favorables à l’expansion des populations d’Ae. aegypti et à la transmission des maladies dont il est vecteur.

Le développement considérable du transport aérien a fortement contribué à la dissémination de nombreux pathogènes, dont le virus de la dengue (Gubler, 1996). Beaucoup de voyageurs, s’infectant au cours de leur séjour dans des pays tropicaux, ne développent la maladie qu’à leur retour. Ils participent, ainsi, au déplacement du virus dans différentes régions du monde et contribuent à l’introduction de nouvelles souches et nouveaux sérotypes de dengue, dans des zones où le vecteur est présent.

Dans la plupart des pays, les instances de santé publique se sont longtemps appuyées sur les mesures de « contrôle d’urgence », négligeant le développement de programmes préventifs destinés à éviter l’émergence des épidémies. Les méthodes d’urgence consistaient à attendre le signalement de nouveaux cas de dengue, par des praticiens faisant partie d’un réseau de surveillance, avant de déterminer la stratégie à adopter pour éviter l’émergence de l’épidémie. Malheureusement, le pic de l’épidémie a souvent été atteint avant même que les premiers cas d’infection aient été rapportés (notamment dans les pays où l’activité épidémique de la dengue est irrégulière) (CDC, 2005, http://www.cdc.gov/ ncidod/dvbid/ dengue/). Enfin, dans la majorité des pays où la dengue est endémique, les moyens de contrôle vectoriel appliqués se sont souvent montrés inefficaces sur le long terme. La stratégie consistant à utiliser des insecticides tuant les moustiques adultes a été un échec (Newton & Reiter, 1992; Reiter & Gubler, 1997), d’autant plus, qu’elle a contribué à ralentir l’effort des populations sur la prévention des piqûres de moustique et la lutte contre les gîtes larvaires (Gubler, 1989).